C’est un film collectif tourné en pellicule, fabriqué avec et par les opposantes au projet Cigéo, à Bure et alentours, en Meuse et Haute-Marne. Dans notre film, plusieurs univers s’entrechoquent, se croisent, se regardent, se mêlent ou s’évitent. Il y a des gens sous terre, d’autres en surface ou dans les arbres. On a imaginé ce qui se passerait dans un monde contaminé -peut-être – par le nucléaire où certaines personnes contrôlent, d’autres survivent, attendent, s’amusent et résistent. Un film d’anticipation ? Peut-être. Mais aussi un film d’archives où certains lieux apparaissant à l’image n’existent déjà plus. C’est un film qui s’est fait en parallèle de la lutte, à ses côtés, à son contact, dans la lenteur de la fabrication collective, quatre années durant. L’histoire a été écrite à plein, avec ce qu’on connaît d’ici. Elle est traversée par nos craintes sur l’avenir, notre colère et notre espoir qu’il y aura toujours du monde pour contrer ces schémas morbides et biocides et habiter les zones menacées.
Les scotcheuses – 41’ – 2020
Avant de voir le film, un mot des scotcheuses
Dans le cinéma, être acteurice ou réalisateurice va de pair avec la création d’un personnage public très valorisé socialement. La suite de l’histoire est connue, ce prestige social démesuré décuple les rapports de pouvoirs déjà existants. Dans une société patriarcale, ce prestige et ce pouvoir de séduction permettent aux acteurs et aux réalisateurs un accès facilité aux corps, et passe sous silence les abus.
Ce texte est une invitation à se questionner sur les hiérarchies sociales fabriquées par les images, qu’elles concernent le grand public, ou des formats plus confidentiels comme les nôtres. Nous vous invitons aussi à mettre la performance d’actrice ou d’acteur sur un pied d’égalité avec les autres étapes de la création : fabriquer des décors, préparer une cantine, écrire un scénario, faire de la manutention, faire du montage vidéo, envoyer des mails, faire des réunions, faire la vaisselle, dessiner une affiche, utiliser une caméra, etc !
Avec ce collectif des scotcheuses nous cherchons à créer des films de manière horizontale, à contrer certains jeux de pouvoir liés entre autre à la maîtrise technique de certain.e.s et aux questions de genre. Cette attention aux dynamiques collectives est pour nous aussi importante que les films que nous produisons.
Mais malgré nos tentatives d’attention, de prévention et d’éducation concernant les violences sexistes et sexuelles, nous n’avons pas réussi à nous en protéger. Des personnes qui jouent dans le film ont eu des comportements d’agressions sexuelles pendant ou après la fabrication du film.
Nous avons fait le choix de continuer à montrer le film tel que nous l’avons fabriqué, en conservant leur présence à l’écran. Nous ignorons encore peut-être certains comportements concernant d’autres personnes. Malgré nos envies de vivre autrement nos relations et de raconter d’autres histoires, notre collectif est traversé par une part de la violence patriarcale du monde. Il nous semblait nécessaire de vous en informer pour que le silence ne perdure pas.
Et cela nous encourage à continuer à penser ces questions, prendre soin des collectifs et à toujours chercher comment faire autrement.